Florian Bachelier dans le JDD : les chantiers de la Questure pour transformer en profondeur l’Assemblée

Responsable d’exécuter et de contrôler le budget de l’Assemblée nationale, le collège des Questeurs travaille depuis plusieurs mois à une refonte des moyens et une réforme du fonctionnement de l’Assemblée nationale. Dans une interview donnée ce dimanche au JDD, Florian Bachelier promet de d’adapter les pratiques et les usages aux besoin d’une Assemblée profondément renouvelée, rajeunie, féminisée et connectée. L’exemplarité et la maîtrise de la dépense publique sont aussi au cœur des propositions portées par les trois Questeurs.

Le JDD: Vous présentez mercredi devant le bureau de l’Assemblée les premiers éléments d’un plan de réforme et d’économies. Quelle en est la philosophie ?

Florian Bachelier: Dépenser moins pour dépenser mieux, c’est notre méthode. Dépenser moins car l’argent public est précieux. Dépenser mieux, parce que les députés doivent vivre avec leur temps. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, en France, les équipes parlementaires disposent de moyens inférieurs à ceux d’autres pays européens. Nous devrions, en réalité, les renforcer. Mais nous devons, d’abord, en finir avec des dépenses injustifiables aux yeux des Français, comme la gratuité de transport dont bénéficiaient les députés honoraires, la majoration des retraites des parlementaires ou les avantages des anciens présidents. Ma conviction, et celle des deux autres questeurs, Laurianne Rossi et Thierry Solère, est que pour redevenir audible et crédible, l’Assemblée nationale doit commencer par devenir exemplaire, au plan individuel et collectif. Une fois cela accompli, nous pourrons rattraper le retard dans les crédits pour les collaborateurs ou les moyens informatiques.

Vous souhaitez aussi moderniser le fonctionnement du Palais bourbon…

L’Assemblée Nationale que vous avez connue n’existe plus. Elle a changé de visage en juin dernier. Avec le non-cumul des mandats, les députés sont beaucoup plus présents à Paris, dans l’hémicycle, dans les commissions et les groupes de travail. Leurs journées de travail sont de 15 à 16 heures. L’Assemblée nationale est plus féminine, plus jeune, plus diverse. Avec des élus issus de la société civile qui n’ont plus les mêmes façons de travailler. Ils préfèrent Airbnb ou la colocation à loger à l’hôtel ou dans leurs bureaux. Ils demandent des VTC, des abonnements à Velib ou des pass navigo, à réserver eux-mêmes leurs billets de train. Ils jugent inutile d’imprimer des documents quand il suffit d’envoyer un mail. Ils demandent des espaces collaboratifs et digitalisés pour leurs équipes, du wifi et des tablettes partout. Nous souhaitons, avec le Collège des Questeurs, réorganiser la maison et leur donner cette souplesse de fonctionnement. Cela permet en outre d’économiser de l’argent public. Enfin, nous anticipons un engagement fort réaffirmé au Congrès de Versailles par le Président de la République, la réduction d‘un tiers du nombre de parlementaires.

Ne craignez-vous pas de bousculer cette vieille maison ?

Non. Nous allons faire ce pour quoi nous avons été élus. Ne pas agir serait trahir. Il serait facile par conservatisme de me fondre dans les codes et usages mais je m’inscris dans l’action, derrière le Président de la République. Derrière les Français, qui ont fait ce choix.  Avec le collège des Questeurs et l’ensemble de notre majorité et, je pense, au-delà. Nous ferons bouger toutes les lignes que nous pourrons.

Ne craignez-vous pas de nourrir l’antiparlementarisme en rendant publiques des pratiques qui étaient encore méconnues ?

Ce qui nourrit l’antiparlementarisme, c’est le fantasme. C’est pour cela que je répondrai à toutes les questions concernant l’argent. Pourquoi ? Parce que c’est de l’argent public, donc c’est l’argent de ceux qui me posent la question. C’est pour cela aussi que je proposerai, avec le Collège des Questeurs, l’interruption de l’opération d’extension de l’Hôtel De Broglie à 100 millions d’euros, la diminution de notre budget et la restitution d’une partie des économies. Pour pouvoir nous concentrer sur l’essentiel, garantir à nos député-e-s engagé-e-s au service des français les meilleurs moyens de transformer en profondeur notre pays. Et c’est comme cela que nous rebâtirons la confiance.

Lire l’interview de Florian Bachelier dans le JDD.